Ce matin en ouvrant mes volets s’offrait à moi le même tableau que tous les autres matins depuis des semaines.
Un soleil éclatant — le soleil qui choque les yeux quand on passe des ténèbres à la lumière. Des couleurs vives. Les reflets bleutés sur l’eau de la piscine. Le dialogue incessant des oiseaux de printemps. La brise légère qui fait bruisser les feuilles des arbres de l’autre côté de la rue. Le chant estival des sauterelles et des grillons.
Toutes ces petites choses qui font l’été¹. Toutes ces petites choses qui m’insupportent.
Car oui.
J’aime la pluie.
La pluie, contrairement à ces bêtes et monotones scènes de soleil estivales, se trouve être l’apothéose² de toute une mise en scène. Car la majeure partie de la magie pluviale se produit avant que les premières gouttes touchent le sol.
Avant la pluie viennent les nuages. Ces nuages qui viennent masquer le soleil, privant alors la nature de ses couleurs, donnant l’illusion d’un paysage sans vie. Nuages qui donnent leur ton terne aux éléments qui furent auparavant comme possédés par le rayonnement du soleil. Nuages grisâtres et tristes qui communiquent leur tristesse à l’ensemble de la nature.
Après les nuages vient le vent. Ce vent frais, originaire d’on-ne-sait-où, qui vient effleurer délicatement la pelouse, faisant bruisser les herbes et les feuilles. Vent en rafales qui vient déposséder la nature de son calme.
Après le vent vient le silence. Silence de mort qui survient quand toutes les espèces animales ont regagné leur abri en prévention du déchirement céleste à venir. Ce silence lourd et intense. Silence qui laisse supposer un incroyable spectacle à venir.
Après le silence vient le tonnerre. Ce tonnerre qui vient fracasser le silence de sa majestueuse explosion. Véritable déchirement céleste, colossal craquement divin. Tonnerre qui impose par sa taille l’idée même d’une divinité en colère. Tonnerre qui nous fait réaliser une fois de plus que nous ne sommes rien face à l’immensité des éléments.
Après le tonnerre vient la pluie. La première goutte qui tombe du ciel et vient éclater au contact du sol dans un délicat “plic”. Et la folie commence. Les gouttes tombent, toujours plus nombreuses, venant abreuver les plantes et rafraîchir les sols. Cette pluie libératrice qui donne l’impression que la nature elle-même pleure de fierté. La pluie qui prend alors la forme d’un véritable concert, alliant les multiples sons causés par la chute de l’eau sur divers éléments et les coups de tonnerre ponctuels. Ces variations quasi harmoniques orchestrées par la nature en personne.
Après la pluie vient le silence. À nouveau. Comme si la nature elle-même était restée bouche-bée devant un tel spectacle de beauté.
Après le silence vient l’humidité. Les odeurs chargées d’eau qui remplissent les poumons. L’odeur âcre du bitume chaud précipitamment mouillé. L’odeur de la terre qui respire. L’odeur de l’herbe séchée abreuvée par ce déferlement aquatique.
Après l’humidité vient le bruit. Petit à petit, les oiseaux sortent de leur nid et se remettent à chanter. Les sauterelles se remettent à crisser.
Après le bruit revient le soleil. Soleil majestueux qui sort des nuages comme pour nous rappeler qu’il a toujours été présent. Masqué mais présent.
Et le soleil marque la fin de ce merveilleux spectacle. Petit à petit, tout redevient comme avant, comme si jamais la pluie n’était survenue. Le beau temps, les couleurs, la monotonie reprennent leurs droits.
Mais je sais. J’ai assisté au spectacle. J’ai vu la folle danse des éléments. J’ai apprécié ce moment — trop bref — de solitude avec la pluie.
Car oui.
J’aime la pluie.
¹ Pour moi, il n’existe que deux saisons : l’été et l’hiver. Nous somme en été.
² Apothéose, c’est le mot que j’ai connu grâce à Dumbo. Et qui me fait irrémédiablement penser à Dumbo.


T’sais que j’tapprécie bien toi.
C’est réciproque, si tu es qui je crois savoir que tu es.
Pas d’accord pour les deux saisons cela dit, les deux autres ont leur importance, surtout l’automne qui est la plus belle saison après l’été ( si ce n’est la plus belle en fait ).
T’as pas tort.
Moi, je n’aime pas la pluie.
Mais j’aime cet article plein de poésie.
Peut-être qu’il me fera aimer la pluie…
Et le printemps, Litepanda, est aussi une merveilleuse saison!
En fait, elles sont toutes extraordinaires par ce qu’elles nous apportent…
Merci.
Oh lala, gros +1 pour Apothéose/Dumbo !
Ça me donne envie de le revoir, mais (et c’est pareil pour tout plein d’autres dessins animés d’enfance*, que j’ai pas revus un peu à cause de ça) j’ai peur que ça efface le souvenir particulier que j’en ai, cet espèce de mélange flou et indescriptible d’images, d’émotions et de sensations. À la fois ça doit raviver un instant les souvenirs d’enfance (madeleine tout ça), mais à la fois le regard d’adulte doit les effacer, détruire un peu la magie, et après coup on se souviendra plus du moment où on l’a revu que dudit mélange flou.
En tout cas c’est le sentiment que j’ai eu avec Le Retour de Jafar, alors depuis j’ai plus osé en re-regarder d’autre. Voilà, c’était la minute nostalgie.
Et puis, j’aime la pluie, mais sans le Soleil elle lasserait vite.
* Le Roi et l’Oiseau, Basil détective privé, Aladdin, Le Roi Lion, Robin des bois, Merlin l’enchanteur, Ali Baba et les 40 voleurs…
Hihi merci de partager ça.
et à part ça t’as écrit des trucs pour les adultes ??
pour les adultes et pas pour adultes la différence est importante
Tout ceci est bien niais
http://i329.photobucket.com/albums/l393/sivik_atl/cool-story-bro.jpg